Principaux renseignements
- La demande d’or se déplace vers l’Est, les ETF asiatiques et les flux OTC qui orientent désormais davantage la dynamique du marché.
- Les banques centrales continuent d’acheter de l’or malgré les incertitudes géopolitiques et le ralentissement du marché de la joaillerie.
- Les technologies liées à l’IA soutiennent la demande industrielle, tandis que l’électronique traditionnelle perd du terrain.
Une analyse du dernier rapport trimestriel du World Gold Council montre que le marché mondial de l’or est resté remarquablement résilient au deuxième trimestre 2026. Bien que le cours de l’or ait reculé par rapport aux niveaux records atteints au premier trimestre, la demande totale est restée stable. Ce sont surtout les investisseurs et les banques centrales qui ont soutenu le marché, tandis que le secteur de la joaillerie a continué de subir la pression exercée par les prix élevés.
Entre avril et juin, la demande mondiale d’or est restée pratiquement inchangée par rapport à la même période de l’année précédente. En incluant le marché de gré à gré (OTC), la demande totale s’est élevée à 1 269 tonnes. La demande pour le premier semestre s’établit ainsi à 2 522 tonnes, soit une hausse de 2 pour cent en glissement annuel. En raison du cours historiquement élevé de l’or, la valeur totale de cette demande a même atteint un niveau record de 380 milliards de dollars.
Bien que le cours moyen de l’or au deuxième trimestre ait été inférieur d’environ 8 pour cent à celui enregistré lors du pic du premier trimestre, le métal précieux affichait toujours une hausse de 37 pour cent par rapport à l’année précédente. Ces niveaux de prix continuent d’influencer fortement le comportement tant des investisseurs que des consommateurs.
Les investisseurs continuent de soutenir le marché
Le marché de l’investissement reste le principal moteur de la demande d’or. La composition de cette demande évolue toutefois progressivement. Alors que les derniers trimestres avaient été principalement marqués par des achats exceptionnellement importants de lingots et de pièces d’or, ce segment s’est normalisé au deuxième trimestre.
La demande de lingots et de pièces d’or, à 307 tonnes, est restée pratiquement inchangée par rapport à celle de l’année précédente. Le marché est ainsi revenu à un niveau plus habituel après deux trimestres exceptionnellement forts. Cela ne signifie pas pour autant que l’intérêt des investisseurs faiblit. Au contraire : les six premiers mois de 2026 comptent toujours parmi les meilleurs premiers semestres jamais enregistrés pour les investissements en or physique.
L’évolution des ETF sur l’or a été plus marquée. Ces fonds ont enregistré des sorties nettes de 45 tonnes. En Amérique du Nord notamment, les investisseurs ont liquidé leurs positions après l’affaiblissement du cours de l’or et la remontée des anticipations d’inflation et des taux d’intérêt. Le raffermissement du dollar américain a par ailleurs accru le coût d’opportunité d’un placement ne rapportant pas d’intérêts.
En contrepartie, on a observé une augmentation notable de la demande de gré à gré (OTC), moins visible, qui, selon le World Gold Council, a été principalement stimulée par l’Asie. Cette forte demande OTC a constitué un complément important aux flux d’investissement visibles via les ETF et les achats physiques, et illustre que l’intérêt pour l’or en tant que valeur refuge reste intact. Par ailleurs, le World Gold Council souligne que la demande de gré à gré a été exceptionnellement élevée au premier semestre, avec 571 tonnes d’achats qui ont largement dépassé les flux d’investissement visibles.
À noter que les ETF asiatiques ont enregistré un apport net de 70 tonnes au premier semestre, leur plus fort afflux semestriel jamais enregistré, ce qui souligne encore davantage le déplacement de la dynamique d’investissement vers l’Est.
L’Europe a également apporté une contribution positive au deuxième trimestre, avec un afflux net de 16 tonnes, malgré la hausse des taux réels des Bunds qui a partiellement freiné la dynamique.
Le deuxième trimestre confirme ainsi que les flux d’investissement sont de plus en plus déterminés par les canaux asiatiques et de gré à gré, tandis que les ETF occidentaux réagissent principalement aux anticipations de taux d’intérêt et à l’évolution du dollar.
Selon le rapport, cette tendance devrait se poursuivre au cours du second semestre. Les investisseurs asiatiques et les transactions de gré à gré (OTC) devraient notamment apporter une contribution plus importante à la demande mondiale, tandis que les entrées dans les ETF occidentaux resteront plus sensibles aux anticipations de taux d’intérêt, à l’évolution du dollar et à la politique monétaire.
Les banques centrales continuent d’augmenter leurs réserves d’or
Outre les investisseurs particuliers et institutionnels, les banques centrales restent également un pilier essentiel du marché de l’or. Après un premier trimestre plus faible, les achats officiels ont de nouveau fortement progressé.
À l’échelle mondiale, les banques centrales ont ajouté 289 tonnes d’or à leurs réserves au deuxième trimestre. Cela a permis de compenser une grande partie du recul enregistré au premier trimestre, même si le total pour le premier semestre reste inférieur à celui de la même période de l’année dernière.
La Pologne a de nouveau été le plus gros acheteur et a augmenté ses réserves d’or de 51 tonnes. La Chine a également accéléré une nouvelle fois la constitution de ses réserves. Par ailleurs, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, la Jordanie et la République tchèque, entre autres, ont acheté davantage d’or. Les ventes sont restées limitées. La Turquie a considérablement ralenti son rythme de vente antérieur, tandis que la Russie a été le principal vendeur net.
Selon le World Gold Council, la motivation stratégique derrière ces achats reste inchangée. Les banques centrales souhaitent diversifier davantage leurs réserves et continuent de considérer l’or comme une protection contre les tensions géopolitiques, l’incertitude financière et les risques d’inflation. Une récente enquête révèle en outre que près de neuf banques centrales sur dix s’attendent à ce que les réserves mondiales d’or continuent d’augmenter au cours de l’année à venir.
L’organisation s’attend donc à ce que 2026 soit à nouveau une année forte pour les achats officiels d’or, même si le total annuel devrait rester inférieur à celui de 2025.
Le prix élevé de l’or continue de peser sur le marché de la joaillerie
Alors que les investisseurs et les banques centrales soutiennent le marché, le secteur de la joaillerie continue de souffrir du prix élevé de l’or. La demande mondiale de bijoux en or a chuté au deuxième trimestre à 278 tonnes, son plus bas niveau depuis le début de la pandémie.
Pour les consommateurs, l’or devient de moins en moins abordable, ce qui les amène à adapter leur comportement d’achat. Dans de nombreux pays, les acheteurs optent pour des bijoux plus légers, des produits à plus faible teneur en or sur certains marchés, ou échangent leurs anciens bijoux afin de rendre leurs nouveaux achats plus abordables.
Pourtant, cette baisse de la demande ne se traduit pas par une diminution des dépenses. Au contraire : grâce au cours élevé de l’or, la valeur mondiale des ventes de bijoux a augmenté de 14 pour cent pour atteindre environ 40 milliards de dollars au cours du deuxième trimestre. Sur l’ensemble du premier semestre, cette valeur a même atteint 86 milliards de dollars, malgré la baisse des volumes vendus.
Selon le rapport, cet écart entre volume et valeur montre que l’or conserve, sur de nombreux marchés, son rôle d’instrument d’épargne et de patrimoine. Les consommateurs achètent certes moins d’or en poids, mais restent prêts à dépenser des montants nettement plus élevés lorsqu’ils effectuent un achat.
Des écarts régionaux marqués dans la demande
L’impact du cours élevé de l’or varie fortement d’une région à l’autre. En Chine, le marché de la joaillerie est resté sous forte pression. La demande y a chuté à son plus bas niveau pour un deuxième trimestre depuis 2004. La combinaison d’une faible confiance des consommateurs, de prix de l’or élevés et volatils, ainsi que d’une préférence pour les lingots et les pièces d’or a conduit de nombreux consommateurs à reporter leurs achats ou à opter pour des bijoux plus légers. Pourtant, les dépenses totales consacrées aux bijoux en or ont continué d’augmenter, les consommateurs payant des prix plus élevés pour de plus petites quantités d’or.
L’Inde a présenté une situation similaire, même si le marché y a mieux résisté. Les périodes d’achats traditionnelles telles que l’Akshaya Tritiya et la saison des mariages ont soutenu la demande en avril, mais à partir de mai, le marché a dû faire face à une hausse des droits d’importation, à de nouvelles mesures gouvernementales visant à freiner les importations d’or et à un ralentissement de la demande. Là aussi, les consommateurs ont continué à se tourner vers des bijoux plus légers et des produits à plus faible teneur en or.
En Europe et aux États-Unis, la demande des consommateurs est également restée sous pression. Le segment des prix bas a particulièrement souffert, tandis que les marques de luxe ont mieux résisté. Au Moyen-Orient, outre le prix élevé de l’or, la situation géopolitique a également joué un rôle. Aux Émirats arabes unis et en Iran notamment, les tensions régionales ont pesé sur le sentiment du marché, même si la baisse temporaire des prix observée plus tard dans le trimestre a permis de retrouver un peu de répit.
L’IA soutient la demande industrielle d’or
Alors que le secteur de la joaillerie a perdu du terrain, la demande industrielle d’or a continué de progresser légèrement. Au total, 80 tonnes d’or ont été utilisées dans des applications technologiques, soit une hausse de 2 pour cent par rapport à l’année précédente.
Le développement de l’intelligence artificielle, en particulier, reste un moteur de croissance important. La demande en semi-conducteurs de haute qualité, en serveurs d’IA, en centres de données et en composants électroniques de pointe fait de l’or une matière première essentielle pour le secteur technologique. Au cours du deuxième trimestre, les fabricants de puces et d’électronique spécialisée ont tourné à plein régime pour répondre à cette demande.
En revanche, l’électronique grand public traditionnelle connaît des difficultés. Les fabricants de smartphones et d’ordinateurs portables sont confrontés à une hausse des coûts des composants et à un affaiblissement de la demande, ce qui entraîne une baisse de la consommation d’or dans ces segments. De plus, le prix toujours élevé de l’or incite les fabricants à limiter davantage l’utilisation de ce métal précieux ou à rechercher des matériaux alternatifs lorsque cela est techniquement possible.
Selon le World Gold Council, la révolution de l’IA reste pour l’instant suffisamment forte pour compenser cette baisse de la demande des consommateurs, même si l’organisation prévient que l’équilibre reste fragile si les investissements dans l’IA venaient à ralentir.
L’offre ne réagit que progressivement à la hausse des prix
Malgré le cours historiquement élevé de l’or, l’offre n’augmente elle aussi que très lentement. La production totale d’or est restée stable au deuxième trimestre, à 1 269 tonnes.
La production minière a augmenté de 2 pour cent pour atteindre un niveau record pour un deuxième trimestre. Le Canada, le Chili, le Burkina Faso et le Ghana, en particulier, ont accru leur production grâce à des projets miniers nouveaux ou en expansion. Dans le même temps, la production a baissé notamment au Mexique, aux États-Unis, au Nicaragua et en Chine en raison de problèmes opérationnels, de mesures de sécurité et d’une teneur en minerai plus faible.
On observe également que le recyclage de l’or a également diminué. Normalement, les prix élevés incitent les consommateurs à vendre plus rapidement leurs anciens bijoux, mais ce mécanisme a moins bien fonctionné cette fois-ci. Le prix de l’or ayant été inférieur au cours de ce trimestre par rapport au premier trimestre, de nombreux propriétaires ont décidé de conserver leur or pour l’instant, dans l’attente d’une éventuelle nouvelle remontée des prix.
De plus, les anticipations de nouvelles hausses de prix continuent d’inciter les détenteurs à vendre leur or moins volontiers. La quantité d’or recyclé reste donc limitée, malgré des niveaux de prix historiquement élevés. Les contraintes opérationnelles et les longs cycles de développement font également en sorte que le secteur minier ne puisse mettre sur le marché que progressivement une production supplémentaire.
Les perspectives restent favorables
Pour le second semestre 2026, le World Gold Council prévoit que les investissements resteront le principal moteur du marché de l’or. Les investisseurs asiatiques et les transactions de gré à gré (OTC) devraient notamment jouer un rôle plus important, tandis que la demande émanant des ETF occidentaux restera plus sensible aux anticipations de taux d’intérêt, à l’évolution du dollar américain et à la politique monétaire.
Les banques centrales devraient également continuer à accumuler de l’or dans le cadre de leur stratégie visant à diversifier davantage leurs réserves. Le total des achats officiels devrait être inférieur à celui de l’année dernière, mais rester largement supérieur à la moyenne historique.
Les perspectives pour le secteur de la joaillerie semblent moins favorables. Les prix élevés de l’or devraient continuer à peser sur les volumes de vente, même si, sur de nombreux marchés, les consommateurs restent disposés à dépenser davantage pour des bijoux qui représentent non seulement une valeur décorative, mais aussi une valeur financière.
Du côté de l’offre, on ne prévoit qu’une augmentation limitée de la production minière et du recyclage. Par conséquent, l’évolution du marché de l’or au second semestre dépendra principalement du climat d’investissement et du contexte géopolitique, plutôt que d’une forte hausse de l’offre disponible.